Châtillon-sur-Cher : après le feu, la colère monte autour du débroussaillement obligatoire

A Châtillon-sur-Cher, les nouvelles obligations légales de débroussaillement passent mal.

Modifié : 20h36 par Nicolas Terrien

Deux mois après l’incendie qui a ravagé plus de 250 hectares à Châtillon-sur-Cher, une centaine d’habitants se sont retrouvés ce jeudi 3 septembre au foyer rural. Au programme : les nouvelles obligations légales de débroussaillement. Une réunion d’information qui a rapidement fait place à l’incompréhension, voire à la colère, face à une règle jugée difficilement applicable et parfois très coûteuse.

Les traces de l’incendie sont encore bien visibles dans les paysages de Châtillon-sur-Cher. Le 7 juillet, plus de 250 hectares sont partis en fumée, dont 209 hectares de forêt. Du jamais vu dans la commune. "C’était quand même quelque chose d’exceptionnel" reconnaît le maire, Alain Poma. Mais l’élu sait aussi que cet épisode pourrait ne plus rester exceptionnel : "Il va falloir qu’on prenne les mesures nécessaires pour maîtriser ce nouveau risque qu’on n’a pas connu jusqu’alors à Châtillon". Deux mois plus tard, l’Etat via la Ddt du Loir-et-Cher et l’Office national des forêts viennent donc expliquer les nouvelles règles. Dans la salle, les propriétaires sont nombreux à vouloir comprendre ce qui leur incombe désormais. Michaël, chef d’entreprise, a lui-même été victime de l’incendie : "J’ai été touché sur la partie du fond de mon dépôt, contre lequel on a des sapins sur cent mètres de long" explique-t-il. Pour lui, l’entretien n’est pas un problème : "Je fais du broyage tous les ans, donc l’entretien est fait". Mais il est essentiellement venu trouver des réponses : "C’est surtout l’information qu’on vient chercher là, sur le débroussaillage, qui fait quoi, quelle est la responsabilité de chacun".

Ecoutez le reportage de Nicolas Terrien :

Entretenir chez le voisin, la règle qui ne passe pas

La difficulté apparaît lorsque Clémence Thouault, chargée de mission eau et biodiversité à la Ddt, détaille le dispositif. Dans les secteurs concernés, les propriétaires de bâtiments doivent débroussailler dans un rayon de 50 mètres autour de leur habitation. Et ce périmètre peut dépasser les limites de leur propre terrain. Une règle issue d’un arrêté préfectoral paru en 2024, qui fait immédiatement réagir. Une habitante interpelle le maire : sa maison se trouve à seulement quelques mètres d’une parcelle voisine qu’elle estime insuffisamment entretenue. "S’il y a un petit brasier là-dedans... Ma maison, elle n’est qu’à dix mètres" s’inquiète-t-elle. Puis vient l’incompréhension : "En plus, il y en a pour une fortune pour entretenir derrière chez moi". Michaël résume la colère de plusieurs propriétaires : "C’est inapplicable, il n’y a personne qui ira faire l’entretien chez le voisin". Et même avec une facture adressée au propriétaire de la parcelle, estime-t-il, "il ne vous réglera jamais, vous allez engorger les tribunaux, ce n’est juste pas possible, c’est complètement aberrant". Dans la salle, le sentiment d’injustice domine : comment accepter de payer pour débroussailler un terrain qui ne vous appartient pas ?

La réunion publique du 3 septembre a accueilli une centaine de personnes au Foyer rural.

La Ddt brandit du temps et de la pédagogie

Face à ces réactions, Clémence Thouault reconnaît une règle "difficilement acceptée" par les propriétaires. Le principe est pourtant clair : lorsqu’une obligation déborde sur la parcelle voisine, le propriétaire du bâtiment doit demander l’autorisation d’y accéder pour réaliser son débroussaillement. Un courrier recommandé doit être adressé au voisin, qui peut également choisir de réaliser lui-même les travaux. Pas question, pour autant, de déclencher immédiatement une vague de sanctions. "On essaye d’aller vraiment progressivement et d’accompagner les propriétaires" explique la représentante de la Ddt. Les premières années doivent être consacrées à la pédagogie, avec une certaine tolérance : "On sait bien que les gens découvrent la réglementation et c’est un risque qui est très nouveau sur nos territoires". A Châtillon-sur-Cher, cette sensibilisation prend une résonance particulière après l’incendie de juillet. La commune compte 209 hectares de forêt répartis entre quelque 170 propriétaires, souvent sur de petites parcelles. Après le traumatisme du 7 juillet, reste donc à faire accepter une nouvelle culture du risque : prévenir avant que les flammes ne reviennent, sans que cette prévention ne devienne, pour les propriétaires, un autre motif de colère.

Ecoutez le reportage de Nicolas Terrien :