"La petite martyre de l’A10" : un procès hors norme qui va mobiliser la justice à Blois

Un procès qui s'annonce très médiatisé à Blois du 2 au 18 novembre.

Modifié : 20h28 par Nicolas Terrien

Du 2 au 18 novembre 2026, la cour d’assises de Loir-et-Cher jugera les parents d’Inass Touloub, près de quarante ans après la découverte du corps de la fillette à Suèvres. Classé "procès sensible", ce dossier exceptionnel mobilise des moyens importants et impose une organisation particulière au tribunal judiciaire de Blois.

Le 11 août 1987, le corps sans vie d’une fillette est découvert au bord de l’autoroute A10, à hauteur de Suèvres. Enveloppée dans une couverture, l’enfant est enterrée sans identité. Elle restera connue sous le nom de "petite martyre de l’A10" pendant plus de trente ans. Les progrès de la génétique permettent finalement de l’identifier : elle s’appelait Inass Touloub. En juin 2018, ses parents sont interpellés. Près de quatre décennies après les faits, ils comparaîtront devant les assises : la mère est accusée de tortures ou actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, le père de complicité. Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Pour Stéphane Javet, procureur de la République de Blois, cette affaire suscite une attente particulière dans le département. "J’ai pu mesurer combien ce dossier est sensible, mais combien il y a une attente, notamment de la part des Loir-et-Cheriens", souligne-t-il, évoquant même « un aspect affectif » chez certains habitants.

Ecoutez le reportage de Nicolas Terrien :

Un dispositif exceptionnel pour un procès sensible

La procédure a obtenu le classement de "procès sensible" par la Chancellerie, permettant de mobiliser des moyens spécifiques. Réaménagement de la salle d’audience, amélioration des équipements informatiques et audiovisuels, renforcement de la sécurité et création d’une seconde salle pour accueillir public et presse : le coût matériel annoncé atteint 200 000 euros. Pour Fabrice Belargent, procureur général près la cour d’appel d’Orléans, cette organisation répond à un enjeu concret : "La médiatisation, l’affluence d’un certain nombre à la fois de parties civiles, de gens qui s’intéressent, qui tout simplement veulent voir ce qui se passe, justifie à lui tout seul la mise en place d’un dispositif spécifique". Un défi logistique, mais aussi humain, pour une juridiction de taille moyenne.

L'organisation du procès est supervisée par le cour d'appel d'Orléans.

Maintenir la justice du quotidien

Pendant ces deux semaines et demie, le tribunal devra poursuivre ses autres missions. "Le tribunal de Blois, c’est une quarantaine d’audiences par semaine", rappelle son président, Alexis Mimhan. Il a fallu trouver des salles disponibles et réorganiser le travail des magistrats pour maintenir les audiences habituelles et les urgences judiciaires. Au parquet aussi, les renforts sont indispensables. Deux magistrats placés ont été délégués à Blois afin d’assurer la continuité des fonctions. Stéphane Javet pourra ainsi se consacrer pleinement au procès, aux côtés d’une collègue, avec un objectif : garantir "le contradictoire et la sérénité des débats". À Blois, l’enjeu sera donc double : répondre aux attentes suscitées par cette affaire hors norme tout en assurant la continuité du service public de la justice.