Petite martyre de l’A10 : quatre décennies d’attente avant le procès
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Modifié : 19h17 par Nicolas Terrien
Près de quarante ans après la découverte du corps d’Inass Touloub au bord de l’autoroute A10, à Suèvres, ses parents vont comparaître devant les assises à Blois. Longtemps entravée par les non-lieux, l’enquête a connu un tournant décisif grâce aux progrès de la génétique. Le procès doit s’ouvrir le lundi 2 novembre. Retour sur une affaire hors norme.
Le 11 août 1987, à 15 h 20, le corps sans vie d’une fillette est découvert sur le bas-côté de l’autoroute A10, à hauteur de la commune de Suèvres. L’enfant enveloppée dans une couverture a été déposée là. Elle n’est pas encore identifiée, elle n’aurait que quatre ans. Les investigations s’orientent vers un meurtre et une information judiciaire est ouverte le 25 novembre 1987. Les soupçons de mauvais traitements s’ajoutent rapidement aux premières pistes. Mais, malgré une exhumation et une nouvelle autopsie en décembre 1995, qui confirment les violences, l’enquête peine à aboutir. Une première ordonnance de non-lieu est rendue en 1991, puis une seconde en 1997. Pendant des années, l’identité de la petite victime et les circonstances de sa mort restent au cœur d’un dossier sans issue judiciaire.
L’ADN, fil rouge d’une enquête relancée
Le dossier connaît un nouveau souffle en 2007, lorsque la gendarmerie évoque la possibilité de nouvelles investigations génétiques. Les expertises successives révèlent plusieurs profils ADN, masculins et féminins, susceptibles d’éclairer les liens familiaux de la victime. En septembre 2012, un appel à témoins est lancé à l’occasion des vingt-cinq ans de la découverte du corps. Mais c’est en 2017 que l’enquête franchit un cap : le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) rapproche un profil de celui d’Anouar Touloub, frère probable d’Inass. Une expertise confirme ensuite que l’ADN masculin retrouvé sur la couverture correspond à celui-ci. D’autres analyses établissent les liens de parenté avec la famille Touloub. Le 12 juin 2018, Ahmed Touloub et Halima El Bakhti sont interpellés et placés en garde à vue. Le père est remis en liberté sous contrôle judiciaire en juin 2019, puis pareil pour la mère en juin 2020, après une période d’assignation à résidence. Les investigations ont permis de faire émerger des éléments déterminants, mais la qualification juridique des faits va encore retarder le procès.
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Des années de procédure avant les assises
Fin 2022, une ordonnance ouvre la voie à la mise en accusation, mais les recours des parties entraînent de nouveaux rebondissements. La chambre de l’instruction ordonne plusieurs suppléments d’information en 2023, avant de rendre, le 20 juin 2024, un arrêt renvoyant les deux parents devant les assises sous des qualifications distinctes. Halima El Bakhti est accusée de tortures ou actes de barbarie ayant entraîné la mort d’Inass sans intention de la donner. Ahmed Touloub est poursuivi pour complicité. Les deux accusés comparaîtront libres et encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Après le rejet de leurs pourvois par la Cour de cassation en septembre 2024, une demande de renvoi de l’affaire a également été rejetée en avril 2025. À Blois, près de quarante ans après les faits, le procès devra examiner les responsabilités pénales des parents et apporter, autant que possible, des réponses à une affaire qui a longtemps résisté aux enquêteurs.
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