En Beauce : vingt hectares de serres robotisées, les maraîchers bio s’inquiètent

Une mobilisation s'est tenue devant la mairie de Beauce-la-Romaine courant octobre.

Modifié : 19h56 par Nicolas Terrien

Deux projets de fermes maraîchères bio robotisées portés par l’entreprise Neofarm sont envisagés à Beauce-la-Romaine et à Éole-en-Beauce. Dix hectares de serres sont prévus sur chaque site. Découverts tardivement par plusieurs acteurs locaux, ces projets soulèvent des questions sur l’avenir des maraîchers déjà installés, les débouchés commerciaux et les ressources mobilisées.

Dix hectares de serres maraîchères bio pilotées par des robots : à Beauce-la-Romaine, l’ampleur du projet porté par Néofarm a surpris une partie du monde agricole local. Vanessa Noël, coprésidente du Groupement des agriculteurs biologiques du Loir-et-Cher (Gablec), raconte avoir découvert son existence début septembre, en lisant la presse locale. "Des clients m’ont dit : t’as vu, il y a un projet de 10 hectares de serre maraîchère juste à côté, il y a une enquête publique, t’es au courant ? Et là, on tombe des nues". L’enquête publique s’est achevée le 14 octobre. Le maire de Beauce-la-Romaine, Steven Yvon, reconnaît un manque d’information en amont. Selon lui, le dossier a été engagé sous la précédente mandature, avant une période de transition municipale : "Il n’y a pas eu d’informations en amont de cette enquête publique. C’est regrettable quand on considère les impacts qui sont d’ordres multiples, environnementaux et humains". L’élu dit vouloir poursuivre le dialogue avec les différentes parties avant de prendre position.

Ecoutez le reportage de Nicolas Terrien :

"Est-ce qu’on pourra planter et semer ?"

Pour les maraîchers déjà en activité, les inquiétudes portent notamment sur les conséquences économiques de ces nouvelles exploitations. Vanessa Noël redoute une pression supplémentaire sur les approvisionnements, alors que certaines matières premières destinées à la production biologique ont déjà manqué : "Est-ce qu’il y aura assez de plants, de semences, de déchets verts pour nous alimenter, pour produire ? Ça, ce n’est pas certain". La commercialisation constitue un autre point de vigilance. Valérie Chaussat-Morcelet, coprésidente du réseau des Amap en Centre-Val-de-Loire, rappelle que les producteurs locaux ont déjà développé des circuits de distribution, notamment vers les collectivités et la restauration collective. Elle met en garde contre une arrivée massive de légumes sur un marché qu’elle juge fragile : "On ne peut pas ne pas prendre en compte les maraîchers déjà en place qui occupent les circuits de commercialisation". Marion Desnous, maraîchère à Baule, exprime, elle aussi, sa colère face à un projet qu’elle estime "difficilement compatible avec la réalité des petites exploitations".

Valérie Chaussat-Morcelet, coprésidente du réseau des AMAP en Centre Val de Loire.
Ecoutez le reportage de Nicolas Terrien :

Deux projets, un débat à l’échelle du territoire

Les interrogations dépassent Beauce-la-Romaine. Côté Eure-et-Loir, à Éole-en-Beauce, un projet similaire de dix hectares de serres est également envisagé. Pour Vanessa Noël, ces deux implantations doivent être examinées ensemble, plutôt que séparément : "On demande d’avoir le dossier au global de Néofarm afin de connaître les impacts environnementaux et économiques sur les territoires". Au-delà de la concurrence potentielle, les opposants s’interrogent sur les besoins en eau et en électricité, ainsi que sur la place de ces exploitations dans le tissu agricole local. Présidente de l’Amap Petite Beauce, Marylène Lafraie réclame un débat ouvert à l’ensemble des acteurs : "On a besoin d’avoir de véritables réponses et des analyses précises". L’enjeu est désormais de mesurer les effets possibles de ces projets sur les ressources, les producteurs déjà installés et les circuits alimentaires de proximité. Les conséquences restent à établir, tandis que les acteurs locaux demandent davantage de transparence et une vision globale des deux implantations.