A Blois, le nom de Michel Bégon ouvre un débat brûlant sur la mémoire de l’esclavage

A Blois, plusieurs voiries et équipements portent le nom de Michel Bégon.

Modifié : 21h15 par Nicolas Terrien

Longtemps associé au bégonia et au prestige de l’histoire blésoise, Michel Bégon voit aujourd’hui son héritage réinterrogé. En cause, la redécouverte de son rôle central dans l’élaboration du Code noir de 1685. Entre émotion citoyenne, appel au débat et réflexion sur la mémoire collective, la ville de Blois entre dans une séquence sensible, mais inédite !

Le débat est né d’un travail historique récemment remis en lumière. Michel Bégon, figure du XVIIe siècle née à Blois, n’aurait pas seulement participé à l’administration coloniale française : ses écrits auraient servi de base directe au Code noir promulgué en 1685 par Louis XIV pour encadrer l’esclavage dans les colonies françaises. "Le rapport écrit par Michel Bégon est pratiquement mot à mot le texte du Code noir d’origine", affirme Louis Buteau, président de l’association Bégon et Grégoire Héritage blésois. Une révélation qu’il dit avoir découverte lui-même à l’automne dernier à travers des travaux d’historiens français et américains. À Blois, où son nom désigne une rue, un collège, une maison de quartier et même une allée forestière, cette découverte agit comme un électrochoc ! "Les jeunes ne demandent pas à réécrire l’histoire. Ils demandent qu’on la leur raconte entièrement", résume dans un communiqué le collectif d’habitants et de jeunes mobilisés après la commémoration de l’abolition de l’esclavage organisée le 22 mai dernier.

Ecoutez le reportage de Nicolas Terrien :

Une émotion forte dans les quartiers nord

Réunis à la Préfecture après la cérémonie officielle, habitants, associations et jeunes des quartiers nord ont remis une pétition demandant l’ouverture d’un débat public sur la place de Michel Bégon dans l’espace public blésois. Pour Johann Elbory, maire adjoint à la mémoire et à l’intégration républicaine, cette émotion est "totalement légitime" : "Les gens ont été émus de cette question-là, ça les a pris aux tripes", explique-t-il, tout en appelant à éviter les réactions précipitées. L’élu insiste sur la nécessité d’un "débat apaisé et constructif". Car derrière le nom de Michel Bégon, c’est toute la question du rapport à l’histoire qui se pose. "Les noms que l’on donne aux structures ne doivent pas être figés. Ils doivent être pensés pour le présent et pour le futur", estime-t-il, sans exclure aucune option, y compris celle d’un changement de nom. Historien et membre des Rendez-vous de l’Histoire, Jean-Marie Génard voit dans cette séquence une opportunité démocratique. "On a ouvert quelque chose", observe-t-il. "Ce débat résonne aujourd’hui avec les questions de discriminations et de racisme qui traversent la société française".

La maison des quartiers nord axée sur les cultures du monde porte le nom de Michel Bégon

Entre contextualisation et possibles changements

Pour autant, aucun des acteurs engagés dans la discussion ne plaide pour une approche radicale. L’association Bégon et Grégoire Héritage blésois refuse autant "de tout démonter" que de "ne rien changer". "Notre position n’est ni conservatrice ni radicale », insiste Louis Buteau. « La première chose à faire, c’est de contextualiser". L’objectif affiché : faire émerger une réflexion collective associant historiens, habitants, élus et acteurs culturels. Parmi les pistes évoquées figurent des conférences, projections, débats publics et même une pièce de théâtre prévue pour les Rendez-vous de l’Histoire 2027, mettant en scène Michel Bégon, l’abbé Grégoire — grande figure abolitionniste liée à Blois — et des jeunes Blésois contemporains. Reste la question symbolique des noms de rues et d’équipements. Jean-Marie Génard avance une position personnelle : "La rue Michel-Bégon devrait peut-être changer de nom", suggérant celui de Toussaint Louverture ou d’une figure abolitionniste. Mais tous s’accordent sur un point : le temps du débat vient seulement de commencer…