"Aujourd’hui, nous sommes prêts aussi à imposer" : Blois veut reprendre la main sur ses immeubles dégradés

A Blois, six immeubles de la rue du Commerce sont concernés par cette opération.

Modifié : 18h45 par Nicolas Terrien

Après plusieurs années d’incitations restées quasi sans effet, la Ville de Blois et Agglopolys lancent une opération de restauration immobilière (ORI) visant plusieurs immeubles de la rue du Commerce. Une enquête publique est ouverte jusqu’au 29 mai. Le but : obliger les propriétaires à rénover des bâtiments insalubres… sous peine d’expropriation !

À Blois, le ton se durcit face à la dégradation de certains immeubles du centre-ville. Il faut dire que depuis plusieurs années, la municipalité et Agglopolys tentent d’enrayer l’habitat dégradé et la vacance commerciale grâce à des aides et dispositifs d’accompagnement. Mais dans plusieurs bâtiments de la rue du Commerce, les travaux attendus n’ont jamais été vraiment engagés. L’enquête publique ouverte du 4 au 29 mai veut donc marquer une nouvelle étape avec le lancement d’une opération de restauration immobilière (ORI), un outil juridique plus coercitif. "Pendant des années, on a essayé d’inciter les propriétaires à faire des travaux. Aujourd’hui, pour celles et ceux qui ne jouent pas le jeu, il faut des mesures coercitives", assume Benjamin Vételé, adjoint au maire chargé de l’urbanisme. Concrètement, l’ORI permettra, après déclaration d’utilité publique par le préfet, d’imposer des travaux sur six immeubles ciblés. Les propriétaires disposeront d’un délai pour réaliser les rénovations demandées. "Si les travaux ne sont pas faits, ça peut finir par une expropriation", confirme Agathe Gourdault-Montagne, conseillère municipale déléguée à l’Action cœur de ville.

Ecoutez le reportage de Nicolas Terrien :

Rénover des immeubles menaçant ruines

Pour les élus blésois, l’objectif dépasse largement la seule question du logement. Ces immeubles vétustes bloquent aussi l’activité commerciale et l’attractivité du cœur de ville. Certains bâtiments font l’objet d’arrêtés de péril, empêchant l’installation de commerces ou l’accès aux étages. "On ne peut pas laisser des immeubles inhabités, insalubres, avec des cellules commerciales impossibles à louer", insiste Agathe Gourdault-Montagne. La municipalité assure pourtant que les projets existent. "On accompagne plus de 70 projets commerciaux chaque année", souligne Claire Mollière, adjointe au maire chargée de l’économie de proximité. Mais encore faut-il disposer de locaux adaptés. "Personne n’a envie d’exercer son activité dans des conditions insalubres", rappelle-t-elle. Pour accélérer les transformations, Agglopolys va créer en juillet une société publique locale (SPL), chargée d’acquérir certains immeubles afin de mener directement les rénovations. "On a besoin d’aller plus vite", explique François Thiollet, vice-président d’Agglopolys en charge de l’urbanisme. "Il y a beaucoup de propriétaires qui ne font rien ou qui ne sont pas en capacité de faire".

A Blois, certains immeubles de la rue de Commerce sont sous le coup d'un arrêté de péril.
Agathe Gourdault-Montagne au micro de Nicolas Terrien :

Entre accompagnement et menace d’expropriation

Les élus assurent toutefois que l’expropriation restera une solution de dernier recours. "On n’a pas vocation à en arriver là", insiste François Thiollet, qui dit privilégier "le dialogue direct avec les propriétaires". Des aides financières et un accompagnement administratif continueront d’être proposés. La Ville assure reconnaître également la diversité des situations : petits propriétaires privés, héritiers, investisseurs ou foncières commerciales privées... "On ne s’adresse pas de la même manière à chacun", temporise Agathe Gourdault-Montagne. Reste que le message politique se veut clair : l’heure n’est plus seulement à la persuasion. "Après plusieurs années où on a essayé de convaincre, aujourd’hui nous sommes prêts aussi à imposer", affirme Benjamin Vételé. Pour la municipalité, l’enjeu est désormais de redonner durablement vie au centre-ville, en mêlant logements rénovés et commerces attractifs pour, in fine, attirer davantage d’habitants dans le centre-ville. L’enquête publique sur l’ORI est consultable jusqu’au 29 mai sur www.loir-et-cher.gouv.fr