"J'aurais aimé la protéger" : à Blois, les proches de Vicinthe Samba veulent des réponses

Emmanuel, le fils aîné de la victime accompagnée de l'élue blésoise Corinne Kibongui-Saminou.

Modifié : 14h16 par Nicolas Terrien

Quelques jours après le meurtre de Vicinthe Samba à Suèvres, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées dans la soirée de ce lundi 15 juin devant la préfecture à Blois pour dénoncer les violences faites aux femmes. Dans le sillage de l'émotion suscitée par l'affaire Lyhanna, ce drame donne un visage, une voix et une famille à une réalité que beaucoup refusent désormais de considérer comme une fatalité.

Une minute de silence. Puis les mots d'un fils de 24 ans qui tente de tenir debout malgré l'effondrement. Devant les personnes réunies à Blois, Emmanuel, l'aîné des enfants de Vicinthe Samba, a livré un témoignage d'une sobriété bouleversante : "Ce n'est pas facile dans le quotidien pour moi, mes frères et sœurs" confie-t-il, avant de remercier les participants pour leur soutien. Il rappelle surtout que "ce genre de situation arrive tout le temps en France" et demande que "la justice prête vraiment attention à ce genre de situation". Selon lui, sa mère avait porté plainte "à plusieurs reprises contre son ex-mari". "Ce sont des sujets à prendre très au sérieux" insiste-t-il. À travers sa parole, c'est toute la détresse d'une famille brutalement frappée qui s'exprime, mais aussi une exigence : que les alertes lancées par les victimes soient entendues avant qu'il ne soit trop tard.

Ecoutez le reportage de Nicolas Terrien :

Une femme appréciée, des proches et des collègues meurtris

L'émotion était palpable parmi celles et ceux qui avaient croisé la route de Vicinthe Samba. Aide-soignante à la maternité de l'hôpital de Blois, elle laisse le souvenir d'une femme lumineuse. "Une personne qui apportait toujours le sourire, la joie, extrêmement bienveillante" témoigne Agavie Baounda, encore sous le choc : "Beaucoup d'injustice, de colère et d'incompréhension" poursuit-elle. "À travers ce meurtre, ce féminicide, son ex-mari a aussi détruit la vie des enfants". Même sidération chez Victoire Voumby, collègue de travail de la victime et membre de l'association "Espoir des femmes". "J'étais dans le déni. J'ai dit : ce n'est pas possible" raconte-t-elle. "Toujours souriante, respectueuse... Je ne l'ai jamais vue fâchée". Aujourd'hui, elle dit mesurer davantage la nécessité "de prendre au sérieux" chaque situation de violence et de "faire un peu plus attention à toutes les femmes".

Ecoutez le témoignage de Victoire Voumby :
De nombreuses personnes se sont rassemblées ce lundi soir devant la préfecture à Blois.

De l'émotion à l'exigence d'agir

Au-delà du recueillement, le rassemblement a aussi permi d'exprimer une colère profonde : "On est face à un record des féminicides depuis plusieurs années dans le Loir-et-Cher" alerte Marie Fournet, coprésidente du Planning familial 41. "On est en colère parce que ces violences ne viennent pas de nulle part. Elles viennent toujours d'une société patriarcale qui ne croit pas les victimes et qui ne les protège pas". Adjointe au maire de Blois chargée notamment des droits des femmes, Corinne Kibongui-Saminou reconnaît n'avoir jamais été autant bouleversée malgré ses années d'engagement : "J'aurais aimé la protéger..." souffle-t-elle. Désormais, l'urgence est d'accompagner les enfants de Vicinthe Samba et de respecter leur temps de deuil avant l'organisation d'une future marche blanche. Mais ce lundi soir, devant la préfecture, les slogans importaient presque moins que la présence. Celle de personnes rassemblées autour d'une famille endeuillée.