24 Heures Motos

Dis, c'est quoi un directeur de course ?

13 avril 2019 à 20h51 Par Denis Deshayes, Émilien Borderie
Jean-Marc Delétang, directeur de course des 24 Heures Motos
Crédit photo : Jean-Marc Delétang

Son job ? Directeur de course des 24 Heures Motos. Jean-Marc Delétang reprend du service pour l'édition 2019 de la fameuse épreuve d'endurance mancelle. Rencontre.

Jean-Marc Delétang, expliquez-nous : quel est le rôle d’un directeur de course ? 

"Je suis un peu le chef d’orchestre. Le directeur de course est responsable de tout ce qui se passe sur la piste. En dehors, c’est l’organisateur. Donc, dans un premier temps, mon travail consiste à homologuer la piste. Dès le mercredi, je vais donc faire le tour du circuit avec les gens de la fédération, les promoteurs de l’événement et les responsables de la sécurité. Ensuite, il y a la mise en place des commissaires qui vont travailler pendant les 24 Heures. Pas moins de 700 personnes qui se relaieront sur l’ensemble de l’épreuve sachant qu’on est tenu d’avoir, au Mans, à tout moment de la course, un minimum de 300 personnes mobilisées simultanément !"

En cas de problème sur la piste, comment ça se passe ?

"Très clairement, il faut être très vigilant, hyper concentré. Il faut tout suivre, même une petite fuite d’huile, parce que ça peut engendrer des chutes. Et sur une épreuve d’endurance, avec tous les enjeux qu’on imagine, on ne nous pardonnerait pas le moindre relâchement. Avec l’expérience, connaissant les trajectoires, dès qu’un pilote fait quelque chose d’anormal, ça me met immédiatement en alerte, j’alerte aussitôt le poste de commissaire concerné, ça permet d’anticiper. J’ai vingt-et-une heures de travail sur les vingt-quatre heures que dure la course et je peux vous le dire sincèrement, à la fin, je suis littéralement épuisé !"

Avec le recul, quel regard portez-vous sur l’évolution des 24 Heures Motos ?

"Le constat est évident, c’est une compétition de plus en plus pointue. On a beau être sur de l’endurance, on se rapproche des niveaux de performance exigés en grand prix. Sur décision fédérale, pour être qualifié, on est récemment passé de 110 à 109% du meilleur temps réalisé. L’an prochain, ce sera 108 et dans deux ans, 107%. Du coup, forcément, les pilotes des écuries privées ont tendance à se plaindre. Mais il y a aussi une question de sécurité : je me souviens qu’à l’époque où je courais, moi, j’arrivais en ligne droite à 300 km/h sur des pilotes qui roulaient à 50 km/h de moins… Franchement risqué !"

Votre rôle de directeur de course vous permet-il de suivre aussi ce qui se passe hors piste ?

"Oui, étant donné qu’on est situé tout en hauteur, on a vue sur le circuit mais aussi sur les campings… Et on entend ce qui s’y passe : c’est assez dingue de constater qu’à partir du mercredi et jusqu’au dimanche, sans interruption, les spectateurs s’amusent à faire rugir leurs moteurs. On se demande où ils trouvent les ressources pour mettre un tel bazar aussi longtemps… Mais c’est la fête de la moto, c’est l’ambiance qui va avec ! Et, il faut le dire quand-même, on a, sur les 80 à 90 000 personnes accueillies, quelques indésirables qui ne s’intéressent absolument pas à la moto. Mais c’est malheureusement comme ça sur tout type d’événements..."

Les 24 Heures Motos, vous les avez faites aussi, mais pas gagnées ?

"On les a remportées, mais dans la catégorie Superstock, avec une 750 centimètres cube. En terminant derrière la Suzuki de Dominique Méliand, une 1 000. Au général, on a fini deuxième de la course. Quoi qu’il en soit, j’ai toujours été passionné par cette épreuve, le fait de la faire, de la vivre, de connaître des moments aussi intenses, c’est magique. Surtout la nuit… Terrible !"