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MMArena : le rapport qui égratigne

22 septembre 2018 à 09h45 Par Jonathan Lateur
Dans son dernier rapport d’observations, la Chambre régionale des comptes livre son analyse sur la construction et la gestion du stade MMArena. Les magistrats pointent du doigt le pari "particulièrement hasardeux" de la ville du Mans.

Le tacle des experts. Dans son dernier rapport d’observations concernant la gestion de la ville du Mans, la Chambre Régionale des Comptes consacre pas moins de huit pages au MMArena. L’institution passe en revue tout l’historique du stade : de la signature de la convention de partenariat public-privé avec Vinci en juin 2008 à l’absence de club résident et les compensations financières qui en découleront, sans occulter l'avenir de l'équipement. Chiffres à l’appui, les magistrats pointent du doigt le pari "particulièrement hasardeux" des élus.

Un format imposé par la FFF

Dans les premières lignes du rapport, la Chambre Régionale rappelle que la ville décide de se doter d’un nouveau stade en 2005 "Alors que le club de football local évolue en Ligue 1 depuis deux ans". Le format de cette enceinte, 25 000 places assises, sera imposé par la Fédération Française de Football "alors même que la taille minimale exigée par l’UEFA pour accueillir des matchs de l’Euro 2016 était déjà de 30 000 places". La construction et la gestion du MMArena seront attribuées pour une durée de 35 ans au groupe Vinci, opérateur du projet.

Coût supérieur aux prévisions

Premier accroc, la convention signée le 27 juin 2008 estime dans un premier temps le montant de l’opération à 100,4 M€. Mais la facture s’élèvera finalement à 102,28 M€ subventionnés à hauteur de 50,23 M€ : 32,71 M€ par la ville du Mans et le solde par la région Pays-de-la-Loire et le département de la Sarthe soit un total subventionné de 49,11%. Vinci, via l’article 32.1 de la convention, s’assure aussi, en contrepartie de la mise à disposition du stade au club résident, du versement d’une part fixe de 700 000 € HT par saison pleine.

Un modèle risqué

Le 15 octobre 2013, sous le poids des dettes, Le Mans FC est placé en liquidation par le tribunal de commerce local. Conséquence directe de ce "Point d’orgue du désastre sportif", la ville du Mans se retrouve contrainte "d’assumer la totalité du risque financier". Entre 2011 et 2017, 11,3 M€ de compensations financières liées à l’absence de club résident ont été versées à Vinci. "L’histoire du MMArena au Mans symbolise le risque qu’encourent des collectivités qui choisissent de construire une grande enceinte sportive sous ce modèle" concluent les experts.

Plus de 5 millions de pertes

Depuis l’ouverture du MMArena en janvier 2011, les pertes accumulées par le concessionnaire s’élevaient fin 2016 à 5,5 M€. Situation qui fait dire aux experts de la Chambre régionale que "Le projet était ainsi surdimensionné. Un stade d’une capacité inférieure aurait sans doute suffi". On apprend aussi que l’économie globale du stade fonctionne à partir d’une fréquentation de 13 000 spectateurs, "ce qui est réalisable en Ligue 1 pour une équipe professionnelle de milieu de tableau et tout autant en Ligue 2, pour une équipe de haut de tableau".

Un avenir qui s'éclaircit

La Chambre relève que l’année 2018 a débuté sous les meilleurs auspices, avec plus de 21 983 spectateurs présents au MMArena pour le match de 32ème de finale de Coupe de France contre Lille. Le club mise désormais sur un "Actionnariat varié et nombreux rassemblant des acteurs économiques locaux". Pour réussir, la nouvelle équipe dirigeante s’appuie "sur le modèle du club de football de Guingamp". Enfin, promu en National pour la saison 2018/2019, Le Mans FC se trouve désormais aux portes du monde professionnel.