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Zones commerciales autour du Mans : "trop tard, on ne peut plus rien faire"

07 février 2019 à 21h52 Par Emilien Borderie
Au Mans, certains s'inquiètent de l'impact des futures nouvelles zones commerciales

Au cours d'un point-presse organisé ce jeudi 7 février à l'hôtel de ville, les élus de la majorité socialiste au Mans ont expliqué leur totale impuissance s'agissant de contrer les projets de zones commerciales aux portes de la ville.

A ceux qui auraient la faiblesse de penser que les élus locaux ont tous les pouvoirs, une leçon a été donnée ce jeudi 7 février à la mairie du Mans : Christophe Counil, président du groupe socialiste, et Samuel Lopez, adjoint en charge de l'urbanisme, ont tenu à faire savoir qu'il leur était, malgré d'incessantes sollicitations, "impossible" d'influer en quoi que ce soit sur les deux grands ensembles commerciaux projetés en périphérie de la capitale sarthoise, à Yvré-l'Évêque et à Ruaudin. D'une part une zone regroupant un hypermarché Leclerc déménagé de quelques kilomètres et un magasin d'ameublement Ikea, d'autre part un parc "Family Village 2" face au premier du nom : "Toutes les autorisations ont été données, qu'il s'agisse des permis de construire ou de l'aval des commissions d'équipement commercial, et ce démocratiquement" assène Christophe Counil, précisant qu'un revirement de nature politique est exclu, "car on exposerait la collectivité à des procédures qui lui coûteraient assurément des dizaines de millions d'euros".

Ikea en centre-ville ? "Soyons sérieux..."

Le maire du Mans n'était pas présent face aux journalistes, mais ses collègues s'en sont fait les avocats : "Je suis étonné par ce qui est demandé à Stéphane Le Foll, notamment par un certain Monsieur Grelier, ancien élu de La Ferté-Bernard et qui jusqu'à maintenant ne s'était jamais intéressé au Mans. D'un seul coup, le voilà qui écrit au maire pour s'inquiéter de nos projets commerciaux, ça sent fort la posture politicienne !" a lancé Christophe Counil. Avant d'enchaîner avec la pétition initiée par les écologistes manceaux pour exiger d'Ikea une installation non plus en périphérie mais en centre-ville : "Soyons sérieux, malgré toute l'estime que j'ai pour ma ville, je n'y crois pas une seconde. Ikea a deux showrooms en cœur de ville, l'un à Paris, l'autre à New York, on ne parle donc pas de la même chose. Il faut être réaliste, là-encore on est face à une démarche électoraliste" a-t-il réagi, martelant qu'il était de toute façon "trop tard" et qu'on ne pouvait "plus rien faire" pour amener l'un ou l'autre des porteurs de projets à modifier ses plans.

Plusieurs "actes forts" pour l'avenir

Tout serait donc plié, on n'aurait plus qu'à assister à la course que se livrent les promoteurs Hervé -Ikea et Leclerc- et Desjouis -Family Village 2- : "C'est à qui s'installera et ouvrira le premier, à qui piquera les enseignes à l'autre pour sa galerie marchande, un scénario qu'on retrouve dans de nombreuses autres régions" analyse froidement Christophe Counil dont on sent bien qu'il désapprouve les choses à titre personnel, avant de passer la parole à son collègue de gauche : "Conscients des inquiétudes, nous avons réfléchi à plusieurs actes forts pour assurer l'avenir, à commencer par la réaffectation de cent hectares qui auraient été constructibles dans le prochain plan local d'urbanisme intercommunal, à des activités agricoles, ce qui fera plus que compenser les trente-quatre hectares mangés à Yvré-l'Évêque" propose Samuel Lopez, ajoutant "une interdiction, dorénavant, d'installer toute nouvelle galerie marchande et tout commerce alimentaire en zone périphérique sur notre territoire". Des propositions qu'il faudra soumettre au vote lors du prochain conseil communautaire le 7 mars. Et qui ne seront en aucun cas rétroactives.

Un "effet Ikea" bénéfique au centre-ville

Renée Kaziewicz, conseillère municipale du Mans notamment en charge des marchés de plein-vent, a quant à elle souhaité positiver... au moins au sujet du géant des meubles suédois : malgré les levées de boucliers de ces derniers temps, "il faut rappeler qu'une grande partie de la population est demandeuse de l'arrivée d'Ikea chez nous, et ce sont des gens qui aujourd'hui vont jusqu'à Rennes ou jusqu'à Tours pour trouver cette enseigne, il y a un effet Ikea, ça fait partie de l'attractivité". Demain, assure-t-elle, "on captera cette clientèle qui actuellement nous échappe et qui par ricochet ira faire ses courses en ville, on va donc redynamiser notre centre grâce à ça". Vision qu'on ne demande qu'à partager, même si on peut douter des raisons qui pousseraient le chaland à filer jusqu'en ville alors qu'il aura à peu près tout juste à côté, restauration comprise, dans le "retail park" estampillé "Leclerc".