Sternes contre feu d’artifice : à Blois, une décision qui fait des étincelles

Blois

Modifié : 5 juin 2026 à 23h52 par Nicolas Terrien

La tradition va-t-elle s'éteindre sur les bords de Loire ? Pour la première fois, à Blois, on ne tirera pas de feu d’artifice à la mi-juillet. Une décision imposée par les contraintes environnementales liées à la protection des sternes nichant sur les îles ligériennes. Si la municipalité assure n’avoir "pas eu le choix", l’annonce suscite incompréhension et inquiétude chez de nombreux commerçants et restaurateurs, qui redoutent un impact direct sur leur activité.

L’annonce a fait l’effet d’une douche froide à Blois. Sur la rive gauche de la ville, face à la Loire, la caviste Laëtitia Laure ne cache pas sa colère : "Ça m’a vraiment fâchée" confie celle pour qui le feu d’artifice est bien plus qu’un rendez-vous festif, "C’est un moment qui lance la saison, les touristes sont là aussi pour ça". Installée depuis cinq ans, elle réalise habituellement ce soir-là un chiffre d’affaires équivalent à "un joli samedi" sur la seule fin d’après-midi. Du coup, elle hésite désormais à ouvrir sa boutique : "On est à un mois de l’événement, c’est un peu court pour prendre ce genre de décision" regrette-t-elle. Même inquiétude du côté des restaurateurs. Marie Pasdeloup, co-gérante du "Bouillon 300 Grammes", "Poivre & Sel" et "Mimosa", rappelle que le 13 juillet figure dans son "top 3" des soirées les plus importantes de l’année : "On perd clairement une soirée très importante pour nous" déplore-t-elle. Selon elle, chaque établissement peut espérer jusqu’à 10 000 euros de recettes ce soir-là.

La protection des sternes, une contrainte devenue incontournable

Derrière cette décision, la municipalité blésoise invoque une obligation réglementaire devenue impossible à contourner. Depuis plusieurs années, l’Office français de la biodiversité (Ofb) et les associations de protection de l’environnement alertent sur les conséquences du feu d’artifice en pleine période de nidification des sternes, entre avril et début août. Une étude indépendante commandée par la ville a d’ailleurs confirmé ces impacts. "Dès les premiers tirs, 85% des oiseaux s’envolent, abandonnent leur nid et ne reviennent que le lendemain" explique le maire de Blois, Marc Gricourt. Une situation qui favorise ensuite la prédation des œufs. Dans un courrier adressé le 4 juin au maire, le préfet de Loir-et-Cher estime qu’une évaluation environnementale ne pourrait que conclure à des "impacts significatifs". Il invite donc la collectivité à décaler la manifestation. Face au risque d’un recours devant le tribunal administratif et même de poursuites pénales, l’édile assure que "nous n’avons pas eu le choix". Un "crève-cœur" reconnaît-il, tant le feu d’artifice constitue "un marqueur fort" de la Fête nationale à Blois.

Blois

Un report au 29 août et déjà des pistes pour l’avenir

Pour tenter de limiter les conséquences, la municipalité maintient le défilé du 13 juillet, le concert gratuit et ajoute cette année un bal populaire. Quant au feu d’artifice, il est reporté au 29 août, dans le cadre des commémorations de la libération de Blois. Une perspective qui peine toutefois à convaincre les professionnels : "Le 29 août, les vacances sont finies, les familles sont reparties, je n'y crois pas" réagit Marie Pasdeloup. Conscient des interrogations, Marc Gricourt admet qu’il y aura probablement "un impact sur la fréquentation". Mais il espère retrouver une partie du public sur cette nouvelle date et invite déjà les visiteurs à la noter dans leur agenda. Au-delà de 2026, la ville réfléchit désormais à de nouvelles formes de célébration. Spectacles de lumière, créations événementielles innovantes ou autres animations populaires : "Il faut inventer" plaide le maire. Car à Blois comme ailleurs sur les sites Natura 2000, l’avenir des festivités estivales devra désormais composer avec les exigences de la biodiversité.